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FTTH au Maroc : l’ANRT approuve l’offre de référence d’Uni Fiber

L’Agence nationale de réglementation des télécommunications encadre l’accès passif aux infrastructures FTTH établies par Uni Fiber. Une décision qui marque une nouvelle étape dans la mutualisation des réseaux fibre optique au Maroc et dans l’accélération du très haut débit.

L’Agence nationale de réglementation des télécommunications a publié une décision relative à l’approbation de l’Offre de Référence pour le partage passif des infrastructures FTTH établies par Uni Fiber. Cette décision, datée du 28 avril 2026 et publiée par l’ANRT le 14 mai 2026, s’inscrit dans le cadre de l’article 22Bis de la loi n°24-96 relative à la poste et aux télécommunications.

Cette disposition impose à certaines entités liées aux exploitants de réseaux publics de télécommunications, notamment leurs filiales ou structures contrôlées, de publier des offres de référence pour la mise à disposition des infrastructures dont elles disposent. Sont notamment concernées les servitudes, emprises, ouvrages de génie civil, artères, canalisations et lignes de télécommunications.

La décision de l’ANRT concerne Uni Fiber, société créée dans le cadre du projet d’entreprises communes impliquant Itissalat Al-Maghrib et Wana Corporate. Elle porte sur les infrastructures FTTH établies par Uni Fiber et destinées à être mises à disposition des exploitants de réseaux publics de télécommunications concernés.

Une première pour le marché de gros

L’ANRT souligne qu’il s’agit de la première décision d’approbation d’une offre de gros, dite Offre de Référence, émanant d’un acteur autre que les opérateurs télécoms titulaires de licence. Cette précision est importante : elle traduit l’émergence d’un nouveau schéma d’organisation du marché, dans lequel des infrastructures peuvent être déployées et mutualisées par une entité dédiée, tout en restant accessibles aux opérateurs dans des conditions encadrées.

L’objectif affiché est de garantir un accès passif aux infrastructures FTTH dans des conditions transparentes, objectives, appropriées et non discriminatoires. Autrement dit, l’accès à l’infrastructure ne doit pas créer d’avantage indu au profit d’un acteur, ni limiter la capacité des opérateurs à proposer leurs services aux clients finaux.

Dans un marché où le déploiement de la fibre optique nécessite des investissements lourds, cette mutualisation peut contribuer à réduire les duplications d’infrastructures, accélérer la couverture du territoire et améliorer l’efficacité économique du déploiement.

Ce que couvre l’offre de référence

L’offre de référence approuvée par l’ANRT porte notamment sur la mise à disposition des infrastructures FTTH établies par Uni Fiber au profit des opérateurs concernés. Elle couvre également les raccordements au point de mutualisation, la fourniture des informations nécessaires à la mise en œuvre du partage passif et, le cas échéant, l’hébergement des équipements des opérateurs au niveau des installations établies par Uni Fiber.

Le partage passif correspond ici à la fourniture d’un accès FTTH non activé reliant un point de mutualisation à un point de terminaison optique installé chez le client final d’un opérateur, ou à un point de raccordement d’antenne mobile. Cette définition est centrale : Uni Fiber met à disposition une infrastructure physique, tandis que les opérateurs conservent la maîtrise de leurs services commerciaux et de l’activation de leurs offres.

L’ANRT indique également qu’Uni Fiber devra intégrer une prestation liée au PRAM, le Point de Raccordement d’Antenne Mobile, afin de faciliter le raccordement de sites mobiles en utilisant les infrastructures établies par Uni Fiber. Cet élément élargit l’enjeu au-delà du seul accès fixe résidentiel, en intégrant aussi les besoins de connectivité des réseaux mobiles.

Transparence, non-discrimination et automatisation des échanges

La décision impose à Uni Fiber plusieurs obligations. La société devra notifier son Offre de Référence aux exploitants concernés et la publier. Elle devra également répondre aux demandes dont elle est saisie, parallèlement aux discussions ou conventions à conclure avec les opérateurs.

L’ANRT se réserve aussi la possibilité de demander à Uni Fiber d’ajouter ou de modifier certaines prestations ou conditions, notamment lorsque cela est justifié par les principes de non-discrimination, de transparence, d’objectivité ou de développement d’une concurrence loyale.

Autre point notable : Uni Fiber devra mettre en place une solution automatisée pour les échanges avec les opérateurs. Cette automatisation devra notamment couvrir les processus de traitement des commandes, des incidents de service après-vente, des échanges d’information et, le cas échéant, de la facturation. Pour un marché de gros FTTH, ce type d’outillage opérationnel est déterminant afin d’éviter que la mutualisation ne se transforme en complexité administrative ou en friction commerciale.

L’ANRT précise également qu’Uni Fiber ne peut accorder aucune priorité à aucun exploitant de réseaux publics de télécommunications. L’accès devra rester transparent, équitable et non discriminatoire.

Un impact attendu sur le très haut débit

À travers cette décision, le régulateur cherche à accompagner le développement du très haut débit au Maroc. Le partage passif des infrastructures FTTH peut permettre d’optimiser les investissements, de limiter les travaux redondants et d’accélérer les raccordements, notamment dans les zones où le coût de déploiement reste élevé.

Le sujet est stratégique. La fibre optique constitue un socle essentiel pour les usages numériques avancés : télétravail, cloud, e-administration, services vidéo, cybersécurité, data centers, intelligence artificielle, objets connectés et transformation digitale des entreprises. Plus la couverture FTTH progresse, plus l’écosystème numérique marocain gagne en capacité et en résilience.

La décision insiste également sur l’importance des données géoréférencées relatives aux zones couvertes et aux projets de déploiement. Uni Fiber devra communiquer régulièrement ces informations. Les opérateurs concernés sont également invités à partager les mêmes types d’informations avec Uni Fiber. Cette circulation des données de couverture est un levier important pour éviter les duplications injustifiées et mieux planifier les extensions du réseau.

Une décision structurante pour la concurrence

L’approbation de l’offre de référence d’Uni Fiber ne constitue pas seulement un acte réglementaire technique. Elle peut avoir un impact structurant sur l’organisation du marché fixe très haut débit au Maroc.

En encadrant les conditions d’accès à une infrastructure mutualisée, l’ANRT cherche à concilier deux objectifs : encourager l’investissement dans les réseaux et préserver une concurrence loyale entre opérateurs. Ce point est essentiel dans un marché où la possession de l’infrastructure peut rapidement devenir un avantage concurrentiel majeur.

La réussite du dispositif dépendra toutefois de sa mise en œuvre opérationnelle. Les délais de traitement, la qualité des échanges entre Uni Fiber et les opérateurs, la disponibilité des informations, la gestion des incidents, la transparence tarifaire et la supervision par le régulateur seront déterminants.

Avec cette décision, le Maroc franchit une nouvelle étape dans l’encadrement du déploiement FTTH. Le défi sera désormais de transformer ce cadre réglementaire en accélération concrète de la couverture fibre, au bénéfice des utilisateurs finaux et de l’ensemble de l’économie numérique.

Auteur
Mehdi

Elmehdi Erroussafi est consultant télécom et cybersécurité, fondateur de PRISALYA Consulting et éditeur de telecoms.ma. Il accompagne les acteurs du numérique sur les enjeux de fraude, revenue assurance, data analytics, IA et confiance digitale au Maroc et en Afrique.